Se questo è un uomo

Devant chez vous, il y a peut-être un SDF qui fait la manche tous les jours. Cet homme a-t-il un nom ? Une histoire ? Un visage ?

On est tous quelqu’un. On a eu des parents. On a eu des rêves. Et puis on a grandi et on s’est confronté à cette putain de vie. Certains ont tiré le bon numéro. Cet homme devant chez vous, sans doute pas. Ou alors sa chance a un jour tourné. Mais il n’est surement pas arrivé là par choix.

Juste pour que ce soit clair, ce n’est pas votre faute si les choses ont mal tourné pour lui. Pas la peine de culpabiliser d’avoir mieux tiré votre épingle du jeu. Mais n’oubliez pas. Cet homme a un nom. Il s’appelle Julien Lauvin, et il existe. C’est un être humain, pas un meuble.

Alors pourquoi, pourquoi la plupart des gens ne lui accordent-ils pas même un regard en passant devant lui ?!

Date d’écriture: 2017

L’ascension

Un caillou dévale la pente. Collisions cristallines et cliquetis éphémères. Ses semblables le suivent dans sa course. Avalanche ? Non, déplacement symphonique. L’ensemble se stabilise. Silence à nouveau.

Ce faux pas m’a couté cher. Surtout, surtout, ne pas trébucher. Tomber, c’est mourir. Mes muscles ne me relèveraient pas. C’est déjà miracle qu’ils me soutiennent toujours.

Esquisse mentale du pas suivant. Chaque mouvement est pensé, soupesé, validé. Les ressources s’amenuisent mais l’esprit s’accroche. Même embrumé par l’asphyxie, mon cerveau cherche la survie.

Je pourrais baisser les bras et redescendre. Qui saurait ? Le supplice cesserait de suite. Tasses de café, croissants tièdes, sommeil bien mérité… il suffit juste de renoncer.

Non. Je ne cèderai pas. Qu’importe si j’y reste, je vaincrai l’Everest !

 

Date d’écriture: 2016

Le ruisseau

Devant chez moi, il y a un petit ruisseau. J’insiste sur le « petit ». En juillet, au cœur de l’été, il reste rarement plus qu’un maigre filet d’eau. N’empêche, je me suis renseigné. Ce filet d’eau se jette dans un ruisseau à peine plus gros, qui se jette lui-même dans une petite rivière, qui se jette elle-même dans un fleuve, qui se jette lui-même dans l’océan. Ce qui fait que, du pas de ma maison, je suis relié au monde entier par ce minuscule filet d’eau. Et ça, pour moi qui n’ai jamais quitté mon petit village, c’est important. Un jour, oui un jour, il faudra que je descende le ruisseau, et on verra bien où son courant me mène. Tout plutôt que de mourir où je suis né, sans avoir rien vu du vaste monde qui m’entoure.

Date d’écriture: 2016
A ceux qui n’ont jamais vu le vaste monde.
Il n’est jamais trop tard.

ruisseau

Humanus ex machina

L’opinion publique croit qu’un jour, la machine pensera comme l’homme. La vérité, c’est que pendant que la machine s’approprie de plus en plus de comportements humains, l’homme se rapproche de plus en plus de la machine. Il ne raisonne plus qu’avec des chiffres. Il perd toute empathie envers les siens. Il planifie l’ensemble de son existence. Moi, je crois que l’homme et la machine se rencontreront à mi-chemin. Humanus ex machina.

Et cette idée me terrifie.

 

Date d’écriture: 2015
A ceux qui font mentir cette histoire.

Cataclysmes

Une feuille se détache de sa branche, choit sans bruit et effleure la surface en grands cercles concentriques. Le vent se lève, son souffle trace d’étranges chemins au contact de l’eau. Un poisson, effrayé par quelque menace inconnue, brise la limite entre la mare et le ciel avant de fuir de nouveau vers les profondeurs. Une écrevisse fouille la vase quelques instants et se cache sous un rocher en me voyant. Petits cataclysmes dans la vie de l’étang.

A côté de moi, mon ami s’agite:
– Il ne se passe rien, je m’ennuie… on y va ? »

Les cataclysmes ne devaient pas être si évidents.

Date d’écriture: 2013
Aux amoureux de la nature.

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Le plan

Le plan était parfait. Retrouver le commanditaire sur la plage. Lui subtiliser son arme. Gagner la confiance de la banquière. S’introduire dans les locaux. La tuer. Transférer les fonds. Eliminer le vigile quand il ferait sa ronde. Laisser l’arme du commanditaire bien en vue. Quitter les lieux. Un plan parfaitement huilé.

Jusque-là, tout se déroulait à merveille. Les fonds se transféraient. Des pas retentirent dans le couloir. Le vigile. L’arme du commanditaire se leva en un mouvement fluide. Droit vers le cœur. Clic. Clic ?! Le vigile portait sa main à sa hanche droite. Une arme apparut à son poing. Bang. Tout devint noir.

Quelques jours plus tard, le laboratoire découvrit ce qui avait enrayé l’arme du commanditaire. Dans ses rouages se trouvait un minuscule grain de sable.

 

Date d’écriture: 2014

La peinture

Un sentiment diffus mais puissant nait peu à peu pendant que l’artiste travaille. L’odeur âcre de la peinture, la sensation des pigments sous ses doigts – personne, jamais, n’a réalisé quelque chose de semblable dans le passé. Derrière lui, une foule de plus en plus nombreuse s’amasse. Chacun se tord le cou, impatient de découvrir l’œuvre finale, étonné, ému. Mais personne ne dit mot. S’il ne s’était retourné, l’artiste aurait pu se croire seul au monde.

Un dernier trait, et voilà son œuvre terminée. Une femme enceinte, stylisée. Derrière lui, sa femme sourit. Encore quelques jours et ils seront parents pour la première fois. Un murmure monte de la foule derrière lui. Tous s’approchent soudain, examinent l’œuvre, le prennent dans leurs bras, essaient de voir, de toucher chaque centimètre carré de la peinture. Ce sera sa trace sur le monde.

Dans la foule, une jeune femme montre la peinture à son petit ami. Le guide explique quelque chose. Je ne l’écoute plus. J’imagine cette émotion primitive, animale, envahir l’artiste qui a peint les murs de la caverne. Je la ressens. Dans quelques jours, je serai parent pour la première fois.

 

Date d’écriture: 2014
Aux presque nouveaux parents.