Fiat lux

Stellaria n’était qu’un avant-poste, installé quelque part dans l’immensité des confins. Moins de cent mille habitants, éparpillés à proximité du point d’atterrissage, tentant tant bien que mal de coloniser une planète quasi inexplorée. Quand les premiers travailleurs furent atteints de vomissements, les quelques officiers sanitaires mirent le problème sur le compte d’une hygiène insuffisante et classèrent l’affaire.

Quelques jours plus tard, un premier décès fut enregistré. Cause de la mort, indéterminée. La femme semblait plutôt saine, quoi que par trop portée sur la boisson. Le rapport du légiste suggéra cette cause comme un facteur possible, sans conclure plus en avant.

Quelques semaines plus tard, des centaines de morts étaient recensés. Surtout des travailleurs, mais le mal commençait à affecter également l’embryon de classe dirigeante de la planète. Faute de moyens médicaux, l’origine du mal était toujours inconnue. Inutile de préciser que le problème était désormais davantage pris au sérieux. Sur Stellaria, en tous cas… le reste de la Fédération Galactique avait d’autres problèmes autrement plus pressants que les problèmes sanitaires d’une colonie mineure sans grand intérêt stratégique.

Quelques mois plus tard, on perdit purement et simplement le contact avec Stellaria. Pire encore, les planètes voisines, autrement plus peuplées, commençaient à faire état d’épidémies incompréhensibles. La Fédération Galactique envoya une mission de reconnaissance pour évaluer la situation. Ils se posèrent sur Stellaria, constatèrent le décès sans causes apparentes de tous ses habitants et baptisèrent la maladie « stellarite ». Ils ramenèrent des échantillons sur Kyel, le monde-capitale de la Fédération, pour pouvoir les étudier à loisir.

Dès leur rapport préliminaire, une quarantaine fut établie dans la partie des confins où sévissait le mal. On perdit rapidement le contact avec une dizaine de mondes. Les réfugiés fuyant les zones contaminées étaient impitoyablement abattus, mais quelques-uns passèrent à travers les mailles du filet, et le mal continua de se propager. La psychose fut à son comble quand la stellarite se déclara finalement sur Kyel, probablement apportée par la mission de reconnaissance.

Et sans plus d’explications, l’état des patients encore en vie cessa de s’aggraver. Plus de vomissements, plus de décès. Les scientifiques, chargés de comprendre le phénomène, découvrirent que la rémission avait correspondu à une éruption volcanique majeure sur Stellaria, qui avait temporairement plongé la planète dans l’obscurité.

Une seule conclusion possible. Il y avait quelque chose, sur Stellaria, quelque chose qui propageait le mal parmi les humains sans se soucier des incroyables distances qui séparait sa planète des mondes de la Fédération Galactique. L’éruption avait-elle tué la chose qui propageait le mal ? Ou cette chose était-elle encore en vie, attendant patiemment que les poussières retombent et que la lumière revienne pour tuer à nouveau ?

La Fédération Galactique construisit le plus grand voile qui ait jamais existé, une véritable flottille de drones en orbite autour de l’étoile de Stellaria destinés à en bloquer les rayons lumineux, pour que jamais plus cette chose ne menace l’humanité. Sans doute le plus gros projet d’ingénierie spatiale jamais réalisé. Et cette flottille de drones n’a cessé d’être alimentée. Jusqu’à aujourd’hui, en tous cas.

Mais aujourd’hui, la majorité de la galaxie a oublié cet incident vieux de près de trois millénaires dans cette zone à faible priorité stratégique de la galaxie. La plus grande partie de la Fédération a été mise en pièces par les Indépendantistes, qui luttent eux-mêmes âprement contre la menace soulevée par les Croisés et les Expansionnistes. Et dans toute cette clique, personne, je dis bien personne, ne se soucie plus d’entretenir les drones. Ils tombent en panne les uns après les autres, dérivent, se font happer par l’étoile voisine. Si bien que ses rayons lumineux baigneront bientôt Stellaria. Alors la chose se réveillera et rependra sa tâche funeste. »

La petite Tina avait l’air effrayée.

C’est vrai ton histoire papi ? Ça a vraiment existé, cette maladie ? »

Marta, sa maman, ne semblait guère goûter le récit de son père.

Bien sûr que non, ma chérie. Papa, franchement, tu crois que c’est le genre d’histoire dont elle a besoin pour dormir ?! Tout ça, c’est de la mythologie, voilà tout ! Allez, viens Tina, on va lire l’histoire du passeur d’étoiles pour te changer les idées, et puis dodo, OK ?! »

A des années-lumière de là, un timide rayon lumineux entra, pour la première fois depuis des millénaires, dans une sombre cavité. Et à des mondes de distance, des millions d’humains se mirent à vomir.

Date d’écriture: 2019

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