L’œuf d’or

Il était une fois un humble paysan, qui s’occupait de ses poules sans la moindre prétention. Dans cette vie banale survint un évènement inattendu : un beau matin, il trouva dans son poulailler un énorme œuf d’or !

Le paysan était criblé de dettes. Il s’assit par terre et réfléchit : « Si je vend cet œuf, je pourrais sûrement rembourser mes dettes. Mais… quels joyaux cet œuf merveilleux peut-il bien contenir ? S’ils sont aussi précieux que leur contenant, me voilà désormais riche ! »

Il cassa aussitôt l’œuf d’or. Et que trouva-t-il à l’intérieur ? Un simple jaune d’œuf.

 

Date d’écriture: 2005
Exercice de ré-écriture à partir d’une comptine populaire.

Frayeurs nocturnes

Crac ! Qu’est-ce que c’est ? Un cambrioleur aux abois, prêt à tout pour obtenir son butin ? Un fantôme nocturne, bien décidé à hanter ma demeure ? Une bête sauvage, en quête de son prochain repas ?

Crac ! Le cœur battant, je m’arme d’une lampe-torche et repousse les ténèbres de son faisceau.

Crac ! Ma lampe se pose sur le coupable et le bruit s’interrompt. Une souris, effrayée par mon apparition, abandonne le paquet de biscuit sur le sol et détale vers le grenier.

J’avais raison. C’était une bête sauvage.

 

Date d’écriture: 2013

Disparitions

Je meurs à petit feu. Une maladie incurable. La vieillesse.

Quand je partirai, une foule d’expériences disparaîtront avec moi. Les levers de soleil flamboyants, sur cette plage sans nom au Costa Rica. Cette jolie fille dont le visage s’estompe, avec qui j’avais fait l’amour le 14 juillet de mes 19 ans. Le goût acidulé des glaces à l’italienne au citron, dans cette gelateria en Sicile. La joie indescriptible de tenir mon nouveau-né dans mes bras à la maternité régionale de Lorraine. Et tant encore, que nul autre humain n’a vécu. Quand mes yeux se fermeront, ces souvenirs m’accompagneront dans les limbes.

Après tout, ça ne manque pas de sens. Place aux nouveaux joueurs. Puissent-ils viennent vivre des choses aussi fantastiques.

Date d’écriture: 2017

Marée humaine

Six milliards de mes semblables. Soixante millions dans mon pays. Quatre millions dans ma région. Un million deux cent mille dans ma ville. Vingt-deux mille dans mon quartier. Cent vingt-sept dans ma rue.

Et pourtant, je me sens si seul…

 

Date d’écriture: 2014
A tous ceux qui souffrent de solitude.
A tous ceux qui les soutiennent.

Combien pour la vie d’un homme ?

Depuis quand aider son prochain est-il un délit ? Si quelqu’un se noie à quelques encablures, puis-je vraiment le remettre à l’eau et le voir crever sans ciller ? Ma vie vaut-elle donc mieux que la sienne ?

Je suis né dans un monde où tout se chiffre. En cas de crash d’avion, l’assurance monnaiera la vie d’un Burkinabé vingt-cinq fois moins que la mienne. Il y a une logique derrière cela, je le comprends bien. Un Burkinabé gagne en moyenne vingt-cinq fois moins que moi, sa disparition laisse donc à sa famille un manque à gagner vingt-cinq fois moindre.

Il y a une logique derrière cela, mais elle est plus horrible encore qu’un crash aérien. Parce qu’elle a été calculée, analysée, disséquée. Et finalement, approuvée. Je crois entendre VIKI s’exclamer « ma logique est indiscutable ». Mais ce calcul, ce sont des hommes qui l’ont fait, pas des machines. Les enfants de ce pauvre Burkinabé le pleureront-ils donc vingt-cinq fois moins que les miens ? Comment peut-on calculer la vie d’un être humain ?

J’écrivais il y a quelques années ma peur de voir les hommes perdre toute empathie envers les leurs. Cette peur, je la comprends mieux aujourd’hui. Je vis dans un monde où ce genre de calcul a été institutionnalisé et estampillé. Par qui ? Dur à dire, le système n’a pas vraiment visage. Mais tout de même, il y a bien quelqu’un qui prend ce genre de décisions ? Sans doute, mais ce serait trop simple de lui faire porter toute la faute. Il l’a fait parce qu’il le pouvait. Je me sens responsable pour avoir créé et accepté tout ça.

Cette société ne me correspond pas, et je ne sais pas trop comment faire dérailler la machine. Tout ce que je sais, c’est que je ne veux pas en être un rouage consentant.

 

Date d’écriture: 2018
Allez, à trois, on arrête les conneries. Un… deux…

Le bonheur

Je me souviens d’avoir été intelligent. Brillant, même. Un chercheur de haut niveau, renommée internationale, des médailles s’entassant sur les étagères, la totale. J’ai travaillé sur des sujets compliqués. La biotechnologie, les implants cérébraux, les nanites guérisseurs. Je m’agitais en tous sens. Une vraie petite abeille. Toujours à m’inquiéter pour une expérience, une homologation, un financement.

Je ne me souviens pas de l’accident. Seulement de ce qu’on m’en a dit après coup. Ma voiture lancée à pleine vitesse vers l’hôpital. Le feu rouge que je grille. Le piéton que j’évite de justesse. Le volant qui ne répond plus. Le mur que je heurte de plein fouet. Rien de tout ça n’a laissé la moindre trace dans ma mémoire.

Quand je me suis réveillé dans cette chambre d’hôpital, l’impact m’avait privé de mes facultés. Traumatisme crânien, hématome sous-dural, une chance que j’aie survécu. Les séquelles ? Lourdes. Je ne serai jamais plus brillant. Je ne dirigerai plus d’équipe de chercheurs. Tout juste si je suis encore autonome. Je n’ai plus rien d’autre à faire que de rester tranquille, dans mon coin, à regarder l’humanité s’activer autour de moi.

Pourtant, je suis maintenant plus heureux que je ne l’ai jamais été.

 

Date d’écriture: 2017

Immortel

Il était une fois un dieu, qui tentait de comprendre le concept de mortalité. Un jour, il arrêta un homme et lui demanda :
– Pourquoi cours-tu, toi qui es mourant ? »
– Je ne suis pas mourant ! », répondit l’homme interloqué.
– Et pourtant tu te meurs depuis ta naissance. Ta vie passe si vite… d’ici quelques siècles, nul ne se souviendra plus de toi. Alors pourquoi donc te démènes-tu ainsi ? »

L’homme réfléchit quelques instants et sourit.
– Je préfère le voir ainsi : je suis immortel. »
– Immortel ? »
– Mes actions, de ma naissance à ma mort, influeront mes enfants, qui influeront eux-mêmes les leurs. Mon empreinte sur ce monde ne disparaitra jamais totalement. Je suis immortel. »

Le dieu retourna dans son plan astral, et tous l’oublièrent en ce monde. Alors, il connut la mort de l’esprit. L’homme transmit ses connaissances et son amour à ses enfants. Son heure venue, il connut la mort du corps, mais son héritage demeura et continue encore aujourd’hui à se transmettre, de génération en génération.

 

Date d’écriture: 2013