Statistiques

Une vie… Deux cent cinquante millions de pas. Deux milliards et demi de battements de cœur. Soixante mille repas. Deux cent mille heures de sommeil.

Et une infinité d’expériences qu’aucune statistique ne capturera jamais.

 

Date d’écriture: 2015

La certitude

– Tu plaisantes ? Comment peux-tu assimiler la science à une croyance ? La science est le triomphe de la raison. C’est l’exact opposé de la croyance ! »

– Je ne sais pas… tu as déjà vu de l’électricité ? des électrons ? »

– A chaque fois que j’allume la lumière ou que je regarde dehors pendant un gros orage. »

– Ah non. Ce que tu as vu, c’est que quand tu pousses l’interrupteur, la lumière s’allume. Que pendant l’orage, un éclair illumine parfois l’horizon. Et on t’a expliqué que c’était l’électricité qui provoquait ces phénomènes. Mais tu n’as pas vu l’électricité elle-même, juste des phénomènes dont on croit qu’elle est responsable. »

– Et pourtant, mille expériences ont prouvé que tout marchait comme on me l’a expliqué. CQFD. »

– Hhmmm… toujours pas, désolé. La science ne peut pas prouver que quelque chose est vrai. Tout ce qu’on fait, c’est émettre et rejeter des théories. Je pense que l’éclair apparaît grâce à une bonne grosse décharge électrique. Tant que ça colle avec tout ce que j’ai pu observer, je peux raisonnablement y croire. Et si un jour une expérience montre le contraire, en plus de devenir célèbre, j’aurais prouvé que c’est faux. Mais jamais, jamais, je ne pourrais prouver que c’est vrai. »

– D’accord, je vois que la physique n’est pas une science assez dure pour toi. Alors, et les mathématiques ? Tous ces théorèmes, Pythagore, Thalès, Fermat ? Ne sont-ils pas prouvés ? »

– Oui, bien sûr. En partant d’axiomes de base. Thalès part du principe que deux droites parallèles ne se croisent jamais. Comment tu prouves ça ? Impossible. C’est un axiome de base. Par définition, on ne peut pas le prouver. »

– Il faut bien partir de quelque part ! »

– Bien d’accord. Simplement, les théorèmes mathématiques eux-mêmes ne sont pas prouvés dans l’absolu. Ils sont prouvés à partir du moment où on accepte certaines choses comme vraies. Si je veux appliquer la géométrie Euclidienne au monde réel, il faut d’abord que j’accepte de croire que dans la réalité, deux droites parallèles ne se croisent jamais. »

– Et… tu ne le crois pas ?! »

– Si, justement. Je le crois. C’est raisonnable, parce que je n’ai jamais vu deux droites parallèles se croiser. Quoi que… à bien y réfléchir, je ne crois pas avoir jamais vu de droite dans notre réalité. »

– Tu n’as jamais tracé de ligne à la règle ? »

– Ah ! Ça ressemble à s’y méprendre à une droite, n’est-ce pas ? Et pourtant… regarde de plus près, avec une loupe assez puissante, et tu verras des imperfections dans le tracé. Sans compter que la droite, en tant qu’objet mathématique, n’a aucune épaisseur. Je n’ai jamais rien tracé qui n’ait aucune épaisseur. Et elle a aussi une longueur infinie. Non, ce trait n’est décidément pas une droite. »

– Alors quoi, pour toi, la science n’est qu’une croyance ? Mais tu te rends compte, si les gens pensaient que les fondements-mêmes de la science reposent sur la foi… ils perdraient complètement confiance en nos résultats ! On ne peut pas laisser faire ça ! »

– Pourquoi pas ? S’ils pensent que la science a tort, parfait. Qu’ils le prouvent et ils feront progresser nos connaissances. Et d’ici là, toutes ces belles théories resteront valides, à défaut d’être certaines. Je suis tout à fait disposé à vivre avec un doute raisonnable sur mes résultats. Et toi ? »

Date d’écriture: 2017
L’approche scientifique encourage à douter de tout, à tout remettre en question.
En aucun cas à suivre aveuglément de grandes certitudes.
On l’oublie trop souvent ces temps-ci.

Une vie

Je m’assois. Dehors, une voiture klaxonne. J’entends vaguement quelques cris, étouffés par le double vitrage. Sur la table, une auréole de café indique l’endroit où une tasse a jadis débordé. Qui la buvait? Combien de temps pour lui? Les taches sont anciennes, presque incrustées sur le revêtement de la table. Il doit être… non, ne pas y penser. Pas maintenant.

Je regarde le mur. Une affiche vante les mérites d’une bonne hygiène de vie. Dents blanches et grand sourire. Ne passez pas par la case maladie et vivez centenaire. Putain, je l’ai suivi, votre manuel. Je ferme les yeux. Passe à autre chose. Vide… ne pas penser. Juste le néant. Tout se rapporte à ça, en fin de compte.

Tic, tac, tic, tac. Le discret défilement de ma trotteuse me ramène à la réalité. Je perds mon temps, coincé dans cette salle d’attente. Impersonnelle, aseptisée. L’odeur chimique agresse mes sens. Que me dira blouse blanche? J’ai peur, tout à coup. Pas de mourir, non. De ne pas vivre.

Combien de tics encore? Au fond, je ne veux pas savoir. La secrétaire se lève en me voyant sortir. Monsieur, attendez, vos résultats, vous ne pouvez pas… Je note son subtil parfum. Lilas et jasmin. Oasis olfactive dans ces senteurs de chloroforme.

Je ne peux pas sortir? Bien sûr que je peux. Au fait, êtes-vous libre ce soir? J’aimerais beaucoup partager quelques instants avec vous.

 

Date d’écriture: 2015

Inclusive

2018      Ô orthographe, mise à bas de ton piédestal ! Contre quelles nouvelles attaques tes défenseurs·euses devront-ils·elles encore lutter ? Cette écriture qui prétend aujourd’hui te remplacer, au nom d’une soi-disant évolution de la société, est, n’hésitons pas à le dire, une hérésie. La langue de Molière ne saurait se voir ainsi défigurée, lacérée par les assauts féroces d’une culture populaire et égalitaire. Nous, garant·e·s de ta forme la plus pure, ne tolérerons pas un tel affront ! Le masculin·féminin l’emportera toujours, ne vous en déplaise !

1673      O reforme impie, qui pretend avaliser les infames manieres des jgnorants et des simples femmes ! Nous autres hommes de lettres ne sçaurions approuver une telle phantaisie, une mise a disposition de l’art noble de l’escriture pour la plebe qui grouille a nos pieds. Nostre escriture est pure et limpide ; nous nous reclamons de ce que certains nomment quelque peu hastivement l’ancienne orthographe, et que nous nommons simplement l’Orthographe. Puisse-t-elle conserver son inalterable aesthetique pour les siecles a venir !

Date d’écriture: 2018
Toute forme d’ironie face au péril mortel que représente
l’écriture inclusive est parfaitement assumée.