Le plateau

Un immense plateau, des milliards de cases. Les pions ignorent leur but, s’agitent en tous sens pour le trouver. Ils sautent sur les cases les mieux placées, quitte, parfois, à pousser d’autres pions hors du plateau. Les plus chanceux apparaissent au bon endroit et au bon moment, les autres doivent trouver leur voie. Le plateau lui-même se fâche à l’occasion. Ouragans, tremblements de terre, inondations… les cartes d’évènements spéciaux ne manquent pas.

Tu veux jouer ? Parfait. Bienvenue sur Terre !

Date d’écriture: 2014

Œuvre éphémère

Palette de couleurs dans l’instant figé. Ça ferait un joli nom pour ce tableau.

En quelques éléments, la scène est posée. L’immense arbre, tronc marron, dépressif, penché selon un angle impossible, donnerait un premier indice aux plus observateurs. La passagère, lèvres carmin, trop maquillées, ouvertes en un cri inarticulé, indiquerait plus clairement la nature dramatique de l’œuvre. Et pour parachever la toile, le soleil couchant, éblouissant, insoutenable, teinterait la scène d’une pellicule rouge sang. L’avant-goût du désastre à venir.

Il y a une certaine beauté dans cet instant de calme avant la tempête. Mais comme tout instant, il finit par passer. Le charme se rompt, la réalité nous rattrape. Le son revient. Hurlement du vent qui gifle le pare-brise. Bruit de gorge étranglé de Caroline à mes côtés. Plainte de la tôle froissée comme la voiture finit son dernier tonneau et va s’encastrer dans l’arbre. Et puis, plus rien. Le silence à nouveau.

La palette des couleurs a disparu. Ne reste que le noir.

Date d’écriture: 2017

Bon sens

Je suis contre-nature. Mais gaver la terre de produits chimiques, ça ne dérange pas tellement.

Je suis pervers. Par contre les viols c’est pas si grave, on est en 2018 quand même.

Je détruis la famille. Mais laisser ses enfants livrés à eux-mêmes toute la journée, c’est tolérable.

Je suis un danger pour la civilisation. Pas comme le racisme et l’inculture.

Je suis homosexuel. Et ça, visiblement, ça c’est un vrai problème qui mérite qu’on s’y attarde.

Date d’écriture: 2018