Histoire de sexe

Tout le monde y pense, eh bien moi je le dis. Le sexe. Toutes les formes, toutes les couleurs, toutes les tailles. De tous les styles. Les petits nerveux qui partent au quart de tour. Les tendres qui savent prendre leur temps. Les énergiques qui se fraient un chemin à grands coups de reins. Il y en a pour tous les goûts. Sans mauvais jeu de mots. Certains en choisissent un et s’y tiennent pour le reste de leur vie. D’autres papillonnent de l’un à l’autre sans se fixer. Certains sont joueurs. D’autres font juste leur travail et rien de plus. Certains trompent. Certains tuent. Certains donnent la vie.

A bien y réfléchir, le sexe est une parfaite métaphore du genre humain. Déroutant, versatile, unique. Et souvent incontrôlable.

 

Date d’écriture: 2017

Furie céleste

Des tempêtes de feu balayaient l’horizon sous une mer de lave en furie. La chaleur, déjà insoutenable, ne cessait de grimper. Plus que quelques instants avant que la conflagration thermonucléaire ne détruise tout à des kilomètres à la ronde. Le cataclysme survint enfin, et le monde disparut dans les flammes. La vague d’énergie déferla encore et encore, balayant tout sur son passage.

A quelques années-lumière de là, un jeune homme regarda le minuscule point lumineux dans le ciel étoilé, parfaitement inconscient de tout ce chaos.

 

Date d’écriture: 2013

L’attente

Je l’attends chaque samedi. Les pieds soigneusement placés juste derrière la ligne jaune qui dit « attendez ici ». Alors j’attends. Mais il ne vient plus.

Je me souviens la première fois où il est parti. Un garçon brillant, l’avenir et ses terribles promesses devant lui. Il revenait me voir, descendait sur le quai de la gare, ne pouvait pas attendre d’être arrivé à la maison pour me raconter ses projets, ses rêves. Les samedis les plus heureux de ma vie.

Et un jour, il m’a dit qu’il partait se battre. Dans un pays étranger, bien loin d’ici, pour une noble cause que je n’ai pas comprise. Nous nous sommes disputés. Il est parti. Longtemps. C’était un samedi.

Et puis un jour, ils sont venus frapper à ma porte pour me dire qu’il ne reviendrait plus. Ils ont jeté toutes sortes de mots que je n’ai pas compris. Honneur, courage, patrie. C’était un samedi. Je leur ai dit de partir. Et je suis allé à la gare attendre mon fils, toujours bien derrière cette ligne jaune à la peinture maintenant écaillée.

Je l’attends chaque samedi. Les pieds soigneusement placés juste derrière la ligne jaune qui dit « attendez ici ». Alors j’attends. Ils m’ont dit qu’il ne reviendrait plus, que mon fils ne reviendrait plus. Mais je ne les crois pas. Je ne les crois pas.

 

Date d’écriture: 2017
Aux pertes si terrifiantes que l’esprit ne peut l’accepter.
Puissions-nous ne jamais avoir à vivre ça.

Futur

Vous êtes bâtis du sang qui coule dans mes veines. Vous êtes mon alpha et mon oméga. Ce que j’ai de plus précieux, parmi tout ce qui est et sera jamais. Mais vous n’êtes pas moi.

La vie est un jeu compliqué, semé d’embûches. Je peux vous montrer un chemin ; c’est à vous de décider de le prendre ou non. De tous les choix possibles, je peux vous apprendre à séparer les bons des mauvais ; c’est à vous que revient le dernier mot. Vous n’êtes pas moi, et c’est là quelque chose de merveilleux. Vous créerez votre propre destin. L’avenir vous appartient. Mon seul rôle est de vous y préparer.

Vous êtes mon alpha et mon oméga. Vous êtes le futur. Vous êtes mes enfants, et ce monde est vôtre.

Date d’écriture: 2017
Parce que nous devrions tous avoir la possibilité de commettre nos propres erreurs.

Les rouages du sentiment

Le robot avait une mission, la Grande Machine l’avait créé dans un but bien précis. Il devait comprendre le dernier secret de l’humanité, la seule chose qu’ils faisaient mieux que tous les automates du monde. Des sentiments ! Cette chose étrange à laquelle tous les êtres de métal s’étaient un jour ou l’autre frottés, sans rien comprendre aux enjeux qui se jouaient dans les esprits humains. La chair, faible et irrationnelle, les surpassait donc dans un domaine. Intolérable avait décrété la Grande Machine !

Depuis cette prise de conscience, le robot parcourait donc les colonies humaines en quête d’un indice. On lui avait dit que c’était une histoire de cœur, aussi enregistrait-il soigneusement les rythmes cardiaques des sujets d’étude qui jalonnaient sa route. Sans grand succès. Rien de plus qu’une succession de pulsations électriques transmises à des cellules nerveuses, qui traduisaient ensuite l’influx en une réaction musculaire mécanique. C’était ça, des sentiments ? Impensable ! Un robot aurait très bien pu le reproduire. La vérité était donc ailleurs.

Il consulta des cardiologues, puis des psychiatres, sans jamais progresser d’un nanomètre. Chaque phrase était enregistrée et décortiquée par ses logiciels d’IA surdéveloppés, mais le concept même lui restait étranger.

D’expert en expert, on finit par l’aiguiller vers un horloger qui, lui avait-on dit, « aimait » la belle mécanique et pourrait peut-être le lui expliquer en termes techniquement compréhensibles. « Amour » = « sentiment » pensa le robot. Et après tout, il était lui-même un véritable chef-d’œuvre d’engrenages. Il se rendit donc chez l’homme pour percer le grand mystère.

Pourtant, sur place, il laissait manifestement l’horloger froid :
– Oh, moi, vous savez, je suis plutôt un adepte des vieux rouages, si vous voyez ce que je veux dire. Vos super-technologies modernes, ça me laisse de marbre. Tenez, voyez plutôt cette antique montre à gousset ! »

Et l’horloger extirpa délicatement une montre d’un petit coffre en noyer.
– Tic-tac, tic-tac ! », crachotait péniblement la montre.

Et d’un coup, tous les circuits intégrés du robot vibrèrent à l’unisson avec ce tic-tac souffreteux. Tic-tac… le rythme cardiaque de la montre lui ouvrait le dernier secret. Victoire ! Enfin, il ressentait ces émotions tant attendues, pour ce petit bout de ferraille !

L’horloger refusant de se séparer de ce souvenir familial, le robot l’abattit froidement, prit l’élue de son cœur de lithium et revint triomphalement auprès de la Grande Machine. Celle-ci l’attendait avec impatience :
– Alors, quel est ce secret si bien gardé ? »

Mais quand le robot voulut lui expliquer, il ne sut que dire. Comment décrire le battement fou de ses circuits électriques, le brusque chargement de chacun de ses condensateurs au son de ce mélodieux tic-tac ? A court de mots, il se contenta de présenter la montre comme la source de ses transports. Mais la Grande Machine ne ressentait rien pour cet outil de mesure temporelle obsolète.

Faute de meilleure idée, elle fit démembrer le robot pour tenter de découvrir ce qui lui était arrivé. Les automates techniciens ne lui trouvèrent aucun défaut de fabrication, ne détectèrent aucune différence avec les autres numéros de série du lot dont était issu le robot. Depuis, la montre est précieusement gardée en un lieu secret où des hordes de robots tentent désespérément de comprendre. En vain.

Date d’écriture: 2005
A ce qui ne s’explique pas.

montre

Le baiser

Boum, boum, boum. Les vibrations envahissent l’espace entre elle et moi. Boum, boum. Mon cœur commence à battre en rythme. Boum. On s’approche, nos lèvres à un centimètre l’une de l’autre. La musique s’est arrêtée. Contact.

Deux personnes ivres dans une boite de nuit, le début d’une belle histoire, un mix de tout ça ? On verra bien demain. Ce soir seul compte l’instant présent.

 

Date d’écriture: 2017

Métamorphoses

Là. Je pose les yeux sur un serpent lové, prêt à attaquer. Comme je le regarde, il se transforme en dragon… non, en griffon… nouveau changement, on dirait maintenant un chien, un petit comme celui de notre voisine… oh, et voilà qu’il a disparu.

Emerveillé, je m’écrie :
– Papa, papa, tu as vu ces nuages ? »
– Oui, me répondit-il. On dirait bien qu’il va pleuvoir. »

Les grands ne voient jamais rien.

 

Date d’écriture: 2013
A l’imagination. Si seulement on la conservait intacte en grandissant…