Trolls et poésie

Ma haine vit sur les réseaux où je mords, mutile, matraque,
Quand, à mes heures insomniaques, je m’en prends à ces blaireaux
Qui objectent à mes propos, me traitent de paranoïaque
Parce que j’amalgame en vrac fachos, gauchistes, libéraux.

Mais je ne fais que cracher toutes ces idées puériles
A l’abri où le péril reste du domaine de l’abstrait,
Où je peux les menacer et prétendre qu’ils se défilent,
Car un troll est plus fragile qu’on ne pourrait le penser.

Date d’écriture : 2018
A tous ces crétins qui hantent les réseaux,
A vous trolls, haineux, et autres idiots.

Echec et mat

Il était une fois un véritable génie des échecs, capable de déjouer n’importe quelle stratégie avec une aisance déconcertante. En d’autres circonstances, cet homme aurait fait fortune en conseillant les nobles de la cour. Mais pas ici, pas en ces temps-là. Comme plus de la moitié de la population du royaume, l’homme était né esclave et mourrait donc esclave.

Un jour, un courtisan apprit ce jeu au roi qui l’aima de suite. Il adorait faire chuter bruyamment les rois ennemis, se prenait pour un grand stratège militaire au bruit de ses enjoués « échec et mat », élaborait des stratégies alambiquées qu’il ne mettait jamais en œuvre. Car il faut l’admettre, le roi n’était au plus qu’un joueur médiocre, sans entraînement, fonçant dans la moindre ouverture comme un taureau et incapable de discerner les pièges qu’elle recelait. Mais la cour entière cherchait ses faveurs : nul ne se serait permis de le lui faire remarquer, nul n’aurait osé le mettre en échec. Et plus cela durait, plus le roi était convaincu de sa supériorité intellectuelle.

 

De fil en aiguille, une servante vint à parler de l’esclave alors qu’il tendait l’oreille. Un esclave jouant aux échecs ? Quelle idée saugrenue ! Comment ces bouseux pourraient-ils pénétrer le noble art de la stratégie ?! Seul un fou pourrait croire cela !

La servante, tout en baissant les yeux, répondit au monarque que jamais nul noble n’avait su mettre l’esclave en déroute. A ces mots, le roi entra dans une colère noire. Il renvoya la bonne – il l’aurait jetée au cachot si la reine n’était intervenue pour protéger sa servante – et envoya un cavalier chercher ce maudit esclave. Il prouverait à tous, nom de nom, que ce moins que rien ne l’égalerait jamais !

Mais comme le cavalier faisait route, il se calma et y réfléchit plus posément. Plus il y pensait et plus une rencontre à la cour lui paraissait inconvenante. Un esclave crasseux admis en haut de sa tour ? Quel déshonneur ! Il manda le capitaine de sa flotte et lui ordonna d’affréter son navire amiral. La rencontre se ferait sur les flots, sa précieuse cour resterait bien à l’abri de la souillure.

 

Le jour fatidique, il décida d’un tournoi en trois parties. On vit rarement tournoi plus bref… deux coups du berger et un mat classique : l’esclave innocent ne cherchait pas à ménager le roi, pensant qu’il cherchait à apprendre et non à vaincre. Grave erreur de stratégie… le roi fulminant ordonna séance tenante la mort de l’esclave. Quel impudent pour oser humilier son roi, le seul maître du royaume après Dieu ! Qu’ils voient donc ce qu’il en coûte de le mettre ainsi en échec !

On pendit donc l’esclave tout en haut du grand mât, sous les yeux désolés des autres esclaves présents à bord. Plus d’un pleura ouvertement en voyant tomber de la main du supplicié le légendaire pion qui lui avait ouvert sa première victoire. Il ne l’avait jamais quitté jusqu’à présent…

Le roi, voyant l’émotion que suscitait la pendaison, décida que ce petit jeu ne l’amusait plus. Il ordonna le retour immédiat au port et les marins entamèrent immédiatement les manœuvres. Pourtant…  pourtant, la poulie du grand mât refusait de jouer. La grand-voile restant bloquée, le navire partit à la dérive et s’empala sur des récifs tous proches. Les esclaves, en bonne condition physique, réussirent à nager jusqu’à la côte. En revanche, le roi et ses courtisans manquaient d’entraînement. Presque tous périrent corps et bien dans le naufrage.

 

Quelques semaines plus tard, la mer recracha sur la plage une grosse poulie. Un pion noir à moitié écrasé par la grosse corde se trouvait dedans. Le dernier mat du maître d’échecs.

 

Date d’écriture: 2005

Jour de colère

Fourmillements dans le haut du torse et les avant-bras. Tension dans les épaules et le dos. Mon corps se met en condition pour affronter un danger physique. Réaction atavique de défense, quand bien même la solution est ailleurs. Yeux qui s’écarquillent, contraction des sourcils. Narines légèrement retroussées, lèvres figées. Je ne l’entends pas de la sorte et mon visage s’en fait le reflet.

Un cocktail d’inconscient et de contrôlé. Non, ce n’est pas le genre de colère chaude, sanguine, qui se manifeste par des coups et des cris. Bien au contraire. Si j’autorise à ma colère de s’exprimer, ce sera de manière précise. En attaquant là où il y a un point faible. Uniquement si je crois que ça peut aider à régler la situation.

Sinon ? Ma colère attendra son heure. Attendra que se manifeste une faiblesse quelque part qui me permette d’agir. Cela me ferait peut-être du bien, mais je n’ai pas **besoin** de la décharger. Mais malgré sa part de calcul, ce n’est pas, non plus, une de ces colères froides où chaque muscle reste sous contrôle. Une colère froide s’exprime par phrases sèches, accusatrices, souvent ironiques. Je n’accuse pas. Je n’ironise pas. Je me prépare simplement à l’affrontement.

Ce n’est pas, pour autant, une colère destructrice. Je ne souhaite pas faire du mal à l’autre. Ce n’est pas contre lui que je me bats. C’est contre la situation dont il est responsable. Qu’elle cesse et je serai satisfait. En attendant, je ferai ce qui est en mon pouvoir pour la stopper net. « Tu viendras jusqu’ici, tu n’iras pas au-delà. » C’est-à-dire, si je le peux. Mais ce n’est pas si souvent le cas.

Alors quoi ? Ma colère est efficace, économe, déterminée. Efficace – elle vise le nœud du problème. Économe – elle ne perd pas d’énergie en vaines gesticulations. Déterminée – elle ne s’éteint pas aisément tant que perdure sa source.

Et vous, c’est quoi votre colère ?

Date d’écriture: 2017

Le Miroir

Voilà des décennies qu’il cherchait le Miroir. Des décennies à tenter de combler ce terrible vide qu’il sentait en lui.
– Dans les reflets du Miroir, tu trouveras celui qui pourrait donner un sens à ta vie. », avait prédit le devin.

Et aujourd’hui, après d’innombrables sacrifices, le Miroir se trouvait juste devant lui, sous ce drap. Il tendit le bras pour l’ôter et leva les yeux. Dans la glace, il ne vit que son propre reflet.

 

Date d’écriture: 2013

Deux mondes

Le brick approchait des côtes déchiquetées. Dans le lointain, un coucher de soleil spectaculaire rehaussait la beauté des tours de cristal de la Cité Interdite. Le capitaine cria sèchement un ordre, et la grand-voile claqua en réponse, captant autant de vent que possible pour hâter notre voyage. Si le vaisseau n’arrivait pas à temps… non, c’était impossible. Il fallait à tout prix que nous réussissions à sauver Drake avant que nos ennemis ne l’exécutent au petit matin. Les enjeux étaient trop élevés – lui seul savait comment arrêter les hordes barbares qui chaque jour nous pressaient plus durement. Les embruns défilaient dans notre étrave, rendus flous par la vitesse grandissante du navire…

Soudain, une secousse. Les couleurs intenses du monde imaginaire s’effacent aussitôt comme mon livre m’échappe des mains et tombe au sol. Je regarde autour de moi en le ramassant. Je suis entouré des nuances gris-terne du train de banlieue anonyme que je prends quotidiennement.

… le capitaine venait d’apparaitre sur le pont supérieur, et d’un discours enflammé, il galvanisa l’équipage. Tous ces pillards, meurtriers et forbans devinrent soudain mes frères d’armes, prêts à sacrifier leur vie pour sauver celle de Drake. Et sur ces entrefaites, le navire entra dans le port, et nous déferlâmes vers les geôles de la ville comme une vague scélérate. Le premier accrochage sérieux avec la garde eut lieu à quelques pas des docks, et…

Je referme mon livre, le train vient d’arriver à destination. Dehors, un fin crachin m’accueille. Demain matin, en allant au travail, je participerai à nouveau à l’assaut sur la Cité Interdite et changerai, avec mes compagnons, le destin de notre ami Drake. Demain matin, je replongerai dans un monde où aventure, camaraderie et honneur ont toujours un sens. En attendant, il est temps que je rentre chez moi.

Date d’écriture: 2017
Exercice d’écriture autour de l’image ci-dessous,
que je trouve simplement géniale tant elle se passe de mots.
… mais ca ne m’a pas dissuadé d’essayer !

 

deux-mondes

L’argument

Je hais les arguments d’autorité. Le principe de base, c’est que le type qu’on cite s’est creusé la cervelle jusqu’à devenir une autorité en la matière, jusqu’à émettre un avis sur la question qu’on peut maintenant suivre aveuglément. Franchement, il faudrait être un crétin fini pour oser contredire une telle personne… pas de bol, je suis un crétin fini à mes heures perdues. Et je hais les arguments d’autorité.

 

Une première chose avant de commencer : en général, le type qu’on cite est effectivement une autorité, quelqu’un d’intelligent, humain, bref, ce qu’il dit n’a a-priori aucune raison d’être faux et encore moins idiot. Alors pourquoi est-ce que je ne le crois pas sur parole ?

D’abord, l’auteur a émis son avis dans un certain contexte culturel, sociologique, technologique, historique. Mais vous allez me dire, certaines vérités sont intemporelles – la pomme ne continue-t-elle pas de tomber selon les lois de la mécanique newtonienne, en 1687 comme aujourd’hui ? C’était vrai jusqu’à-ce qu’un autre grand homme ose contredire Newton, et impose sa loi de la relativité comme le mécanisme fondamental régissant l’espace-temps. Et Einstein sera peut-être lui-même supplanté dans un avenir plus ou moins lointain… toute vérité est relative.

D’accord, mais il y a d’autres choses qui ne changent pas. La nature de l’homme, par exemple… l’homme a toujours été un loup pour l’homme, il suffit de lire Hobbes ou Voltaire pour se convaincre qu’il est mauvais par nature et que seule la connaissance peut nous transformer en êtres civilisés. Mais alors, dans tout ça, que devient Rousseau qui estime que l’homme est naturellement bon et que c’est la société qui le corrompt ? Ou Kant, qui pense que l’homme est une page blanche à sa naissance et que c’est son expérience qui le rend bon ou mauvais ? Ne sont-ils pas eux-aussi de grands philosophes ? Oui, c’est l’inconvénient des arguments d’autorité : ils se contredisent parfois. Alors lequel choisir ? Celui qui nous arrange le plus ? Celui qui a le plus de partisans ? Celui qui est le plus à la mode de nos jours ? Allez savoir…

 

Bon, d’accord, alors quoi, les arguments d’autorité n’ont aucune valeur ? Honnêtement, si on les brandit sans réfléchir, si on se contente de se cacher derrière parce qu’après tout c’est ce que pensait machin, alors je dis oui. Mais c’est faire un bien piètre usage de la richesse qui a été mise entre nos mains… je veux dire, si l’argument d’autorité s’est imposé comme tel, c’est qu’il y a une réflexion solide pour le soutenir. Est-ce que ça s’applique à tous les cas ? Probablement pas. La vie réelle est bien trop complexe. Mais rien ne nous empêche de réfléchir pour voir s’il peut s’appliquer à ce cas bien précis. L’homme qui l’a émis était intelligent, peut-être plus que vous et surement plus que moi. Mais il n’était pas vous. Il n’était pas dans votre vie, à savoir ce que vous savez, croire ce que vous croyez.

Prenez l’argument d’autorité. Réfléchissez-y. Décortiquez-le. Déconstruisez-le. Et rejetez-le, ou adoptez-le. Respecter un grand penseur, c’est aussi ne pas accepter sa parole sans la faire tourner sept fois dans son esprit.

 

Voilà mon argument. Et comme je n’ai rien d’une autorité, je vous encourage à y réfléchir.

 

Date d’écriture: 2017
A la pensée critique… euh, attendez, j’ai déjà porté ce toast, non ?!

Contrôle

« Question : comment reconnaitre une personne qui s’apprête à commettre un meurtre ? Ça fait quinze ans que j’essaie de répondre à la question. Bon, je dois pas être bien brillant. Je veux dire, ça a l’air plutôt facile comme boulot, non ? Après tout, le meurtrier sera bien reconnaissable – la bave aux lèvres, le fusil d’assaut entre les mains, les louanges en la miséricorde divine, impossible de le rater. Non, non, ne riez pas. Ça, c’était mon monde il y a quinze ans. J’étais un des agents de sécurité à l’aéroport international de Portland. Le type devant moi n’avait aucun de ces signes, alors je l’ai laissé passer. Le résultat, on le connait. Deux mille neuf cent quatre-vingt-seize morts. A votre avis, combien de veuves et d’orphelins en moins si j’avais su faire mon job ?

Dans les années qui ont suivi, ça a été l’ère de la paranoïa. Du genre, si vous êtes un tant soit peu hâlé, vous êtes suspect et si vous êtes suspect, c’est surement pour une bonne raison. Pas de fumée sans feu. Ça a été notre chasse aux sorcières modernes. Maintenant, imaginez-vous ca : vous êtes un bon citoyen, vous payez vos impôts, vous participez à la vie associative, la totale. Les tours s’effondrent, vous êtes atterré par ce déchainement de violence et priez cœur et âme pour les victimes. Mais le lendemain, à votre réveil, vos voisins vous regardent bizarrement. Et puis, le carton d’invitation pour le barbecue annuel de John atterrit dans toutes les boîtes aux lettres du quartier, sauf la vôtre. Et votre fils commence à se faire régulièrement insulter à l’école. Vous recevez des lettres anonymes disant « rentrez chez vous », sauf que vous y êtes, chez vous, non ? Maintenant dites-moi, combien de temps avant que vous ne vous révoltiez contre ce système ? On ne saura surement jamais combien d’ennemis nous avons nous-même créés, mais les gars d’en face ont du bien se fendre la poire.

La population a fini par se calmer – un peu – mais niveau sécurité, c’est toujours les chroniques de la paranoïa dans les aéroports. D’après les dernières statistiques, il y a moins d’un pourcent de musulmans dans notre pays. Allez voir qui est retenu dans les bureaux de la sécurité, je peux vous assurer que ça va changer du tout au tout. Qu’est-ce que ça veut dire ? Tout simplement que depuis quinze ans, on n’a pas évolué. On continue de se fier à la tête du client pour décider si oui ou non il a des chances d’être un apprenti kamikaze. Sauf que nos ennemis recrutent tous azimuts. Blancs, asiatiques, noirs. Il n’y avait déjà pas vraiment de facies type du tueur à l’époque, il y en a encore moins aujourd’hui. On n’a qu’à continuer comme ça, et la prochaine catastrophe est pour demain.

Concrètement, on en revient toujours à la question de base : comment reconnaitre une personne qui s’apprête à commettre un meurtre ? La vérité est simple : au contrôle de sécurité, on ne peut pas faire la différence. Bien sûr, on peut avoir un coup de chance. Le type panique, ou laisse des tracts de propagande trainer dans son sac, ce genre de choses. Vous y croyez, vous ? Bien sûr que non. Ces types-là se sont entrainés dur avant de passer à l’acte. Le loup s’est glissé dans la peau d’un innocent petit agneau, il mentira comme arracheur de dents aux questions de l’agent des douanes. Il sait quoi dire, il s’y est préparé. S’il arrive jusque nous autres de la sécurité sans encombre, il a déjà gagné.

Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Aujourd’hui, on essaie de travailler en amont – repérer ceux qui ont été en contact avec l’ennemi, démanteler les chapitres locaux avant qu’ils ne passent à l’action, et j’en passe. On reprend les ingrédients de la grande époque de l’espionnage et on essaie d’en tirer tout ce qu’on peut. Ça donne quelques résultats, bien sûr, mais pour une cellule dissoute, combien on en manque ? Au lendemain d’un attentat, tout le monde se réveille en se disant « mais il était connu de nos services de police, celui-là », et on réalise que la seule raison pour laquelle il est passé entre les mailles du filet, c’est qu’on n’avait pas les moyens de se payer un filet à mailles assez fines. L’espionnage, c’était une technique artisanale – du bel ouvrage sans aucun doute, mais inapplicable à la masse de nos ennemis. Ce qu’il nous faut, c’est rentrer dans l’ère industrielle.

Je vais revenir à ma question : comment reconnaitre une personne qui s’apprête à commettre un meurtre ? Ma réponse est sans appel : on ne peut pas. Nous autres humains sommes faillibles. Il y en aura toujours un qui nous échappera. Alors quoi, je vous ai sorti tout ce baratin pour rien ? Bien sûr que non. Rappelez-moi, comment l’homme est-il entré dans l’ère industrielle ? En perfectionnant ses outils, bien entendu, et c’est exactement ce qu’il nous faut faire maintenant. Par chance, nous avons justement déjà un outil adapté à notre disposition : c’est l’intelligence artificielle. Comment ça marche ? La machine collecte autant de données que possible – pièces d’identité, nervosité du passager, appels reçus dans l’aéroport, tout ce qu’on peut obtenir – et compare tout ça aux profils des meurtriers confirmés. Par un système sophistiqué de corrélations entre ces informations, le système fournit une probabilité que le passager soit un meurtrier. Mesdames et messieurs, nous avons appliqué cet algorithme à quelques-uns des kamikazes les plus récents : tous ont été identifiés comme ayant une probabilité de passage à l’acte supérieure à 87,3%. Mesdames et messieurs, ce que je tente de vous dire, c’est que le système marche ! Il se prénomme MONyTOR®, et nous sommes en train de le déployer dans l’ensemble des aéroports internationaux du pays. D’ici vingt-quatre heures, il deviendra impensable qu’un de nos ennemis parvienne à se dérober à nos yeux. D’ici vingt-quatre heures, plus personne ne pourra entrer sur le territoire pour tuer au hasard. D’ici vingt-quatre heures, la sécurité de nos enfants sera à jamais assurée ! »

Extrait du discours inaugural de Steven Wade, CEO de WatchCorps, pour le lancement du système MONyTOR®. Ce discours est généralement considéré par les historiens comme le point de non-retour à partir duquel l’humanité abandonna son sort à l’Intelligence Artificielle.

 

Date d’écriture: 2016