Le siège

Les deux êtres célestes se disputaient une partie serrée, mais l’avantage commençait à tourner en la faveur de Llaeth, qui ne put s’empêcher de houspiller sa rivale.

– Ha, je tiens toujours Haut-Castel ! Encore quelques années et j’aurai gagné !

Ciann haussa les épaules.

– Quelques années ? Enfin, ton armée est morte de faim. Elle se rendra sous quinze jours.

Llaeth sourit. Pendant que Ciann perdait son temps à ralentir le développement dans la région, il entrainait une seconde armée, qu’il avait soigneusement tenue à l’écart pour en garder le secret.

A présent, cette seconde armée marchait à grands pas vers Haut-Castel. Elle disperserait bien vite la petite troupe de Ciann. Comme à ce stade du jeu, ni l’un ni l’autre ne pouvaient plus influer sur le monde réel, sa rivale n’aurait aucun moyen de le contrer.

Comme il l’avait prévu, le commandant envoya un messager pour dire aux assiégés de tenir bon jusqu’à l’arrivée des renforts.

Garell disposait d’un cheval frais et dispo ; il se lança au galop sur les grands chemins. Direction Haut-Castel. La missive, dans son étui, était porteuse d’espoir : l’aide était en route. Il savait comment passer le blocus par un sentier secret, dans les montagnes voisines. Assez pour l’amener à portée de flèche et décocher sa missive jusqu’aux défenseurs.

Le ciel, dégagé au matin, se couvrit de nuage. L’orage éclata en début d’après-midi. Aucune route pavée ne traversait la région, trop peu développée, et les routes devinrent boueuses. Garell ralentit considérablement l’allure… mais pas assez. Son cheval finit par faire un faux pas et se tordit la patte.

Garell mit pied à terre. Le cheval ne pourrait plus porter son poids avant un bon moment. Fichtre ! Il allait lui falloir marcher. Il abandonna son destrier et avança au plus vite, mais sa progression était d’une lenteur affligeante.

La plaine détrempée finit par laisser place à une forêt sinistre. La misère du district encourageait le brigandage, et l’endroit était idéal pour un guet-apens. Sans surprise, Garell entendit bientôt le rituel « la bourse ou la vie », lancé depuis les broussailles devant lui. En temps normal, Garell aurait donné sa bourse… mais c’était aujourd’hui impossible, car elle contenait la missive. Il sortit son épée, se battit vaillamment et succomba sous les coups des brigands.

Llaeth cria de frustration quand le capitaine de la garde de Haut-Castel remit les clefs de la forteresse aux troupes de Ciann, inconscient que les renforts étaient à moins de deux jours de marche, en échange de la vie de ses hommes.

L’armée de Ciann prit position dans la place forte, la remplit de vivres, et se barricada à l’intérieur. Les renforts arrivèrent comme prévu deux jours plus tard, sous une pluie battante, et furent surpris de trouver les murs occupés par l’ennemi. Ils établirent le siège, mais la météo empira, et les assaillants tombèrent malades. Bien vite, ils durent abandonner la position.

Il avait suffi à Ciann de lever une petite troupe, et de ralentir le développement d’un district, pour gagner la partie.

Date d’écriture: 2020

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s