Les larmes

Ça avait été une super soirée. Elle avait dansé comme une folle sur la piste de danse avec Samia, l’alcool avait coulé à flot, Arnaud l’avait un peu chauffée… l’un dans l’autre, Clotilde en était sortie euphorique, avec une seule envie : y retourner la semaine suivante. Et puis, quand elle avait fermé la porte de chez elle, elle s’était mise à pleurer à chaudes larmes en se sentant idiote.

Sur le coup, elle avait mis ça sur le compte de la fatigue. Elle s’était dépensée sans compter sur les rythmes endiablés de Jax Jones ou d’Avicii, et son corps avait grand besoin de repos. Mais elle s’était de nouveau effondrée en larmes la semaine suivante, un doute s’était insinué en elle. Et s’il y avait plus ? Et si les fêtes la rendaient tout simplement malheureuse ?

Alors elle avait fait une incursion dans sa propre tête pour inspecter tout ça. En surface, tout allait au mieux. Elle venait de faire la fête, elle avait enfin choppé Arnaud, et les flots d’endorphine que libérait son cerveau suffisaient amplement à son bonheur. Ses larmes ne venaient donc pas de là.

Elle plongea plus profondément dans ses sentiments, en des lieux où elle se rendait rarement. Elle revit la mort de son chat, choc terrible qui avait marqué son seizième anniversaire, la première rupture amoureuse avec Stéphane, son grand amour en colonie de vacances, la séparation de ses parents quand elle était entrée en CM2. Autant d’évènements consommés, dont elle avait fait le deuil depuis bien longtemps. La tristesse était bien là mais ne demandait plus de soins particuliers. Elle faisait maintenant partie d’elle. Non, ses larmes venaient d’ailleurs.

Elle changea de section et examina ses peurs. La peur du ridicule… non, elle pouvait déconner autant qu’elle le voulait avec ses amis sans être jugée en retour. La peur de décevoir… toujours là, mais rien ne l’avait spécialement activée récemment. La peur de la solitude… à cette pensée, les larmes redoublèrent et Clotilde comprit. Ses amis étaient là pour faire la fête avec elle et l’appréciaient réellement, mais si elle venait à disparaitre, elle ne leur manquerait que fugacement – ah tiens, Clo n’est pas là ce soir, dommage… ooooooh, j’adoooooore cette musique, viens on va danser ! En dehors de ses parents, personne dans sa vie ne se plierait en quatre pour lui porter assistance si elle se trouvait en difficulté. Personne n’attendait avec impatience de la retrouver. Elle n’était spéciale aux yeux de personne.

Il y avait maintenant un brouhaha continu dans sa tête, ponctué de sanglots réguliers. Comme si tous les morceaux de son esprit avaient décidé de lui prodiguer leurs conseils en même temps. Tu n’es qu’une petite idiote, criait la colère. Tu peux y arriver, affirmait la confiance. Examine tes options, analysait la rationalité. Tu es quelqu’un de formidable, il te suffit de nous écouter pour t’en sortir, encourageait la bienveillance.

Sur cette dernière pensée, les sanglots de Clotilde cessèrent. Tant d’options qu’elle n’avait pas explorées, tant d’envies inassouvies, tant de connaissances à acquérir… tant d’autres choses à faire que de se murger chaque vendredi dans la boite de nuit du coin, et qu’elle avait été trop aveugle pour voir jusque-là !

Et c’est ainsi qu’un pas à la fois, Clotilde reprit le contrôle de sa vie.

Date d’écriture: 2019

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