La forêt

Il était une fois une petite graine abandonnée près d’un ruisseau, au beau milieu d’une immense plaine. Elle n’aurait su dire combien de lieues elle avait parcouru, ballottée au fil des flots, mais par le concours des courants elle se retrouvait désormais seule sur la terre ferme. Le soleil, à son zénith, dardait maintenant sur elle ses rayons de feu.

« Je suis bien trop exposée. », se dit-elle. « Si je veux jamais germer, il est temps de me protéger de sa brûlure. »

Et il lui vint l’idée de s’enfoncer dans le sol, où la terre fertile l’entourerait de ses bras protecteurs. Là, elle se reposa quelque temps, bien à l’abri. Quelques jours plus tard, de lourds nuages s’amoncelèrent au-dessus d’elle et il se mit à pleuvoir. L’eau bienvenue rafraîchit la graine, qui développa une minuscule tige ornée de deux feuilles plus petites encore, et un embryon de racine pour mieux étancher sa soif. Et ainsi, au fil des saisons, la petite plante s’abreuva des bienfaits du ciel et crût, crût et crût encore, ses racines s’étendant toujours plus profond, sa frondaison s’élevant jusqu’au ciel. Jusqu’au jour où elle n’était plus du tout une petite plante – elle était devenue un arbuste, et continua à croître ainsi, encore et encore, pour devenir enfin un immense arbre pleinement développé. Et l’arbre se tenait là, un pilier solitaire dans la plaine désolée.

« Eh bien, me voici maintenant grand et fort. », se dit l’arbre. « Mais je suis toujours aussi seul. Comment pourrais-je y remédier ? »

Et sur cette pensée, un bourgeon apparut sur chacune de ses branches. Les bourgeons mirent peu de temps à éclore, et il en sortit de magnifiques petites fleurs blanches. Et bientôt, des nuées d’abeilles visitèrent l’arbre, lui apportant des nouvelles de ses frères restés bien loin en amont. Trop loin, malheureusement, pour que l’arbre ne les voie jamais. Cependant, les abeilles apportaient du pollen en plus de ces nouvelles, et les fleurs furent vite fertilisées. Elles se transformèrent ainsi en fruits fort juteux, qui tombèrent au sol quand ils eurent atteint leur maturité. Si ces fruits firent pour la plupart le bonheur des animaux alentours, quelques-uns demeurèrent intouchés et, après quelques jours, révélèrent des graines cachées en leur sein.

Qu’advint-il de ces graines ? Eh bien, vous connaissez l’histoire maintenant, n’est-ce pas ? Elles s’enfouirent sous le sol, germèrent, donnèrent une tige et des racines qui crûrent, devinrent des arbustes, puis des arbres, eurent des bourgeons qui devinrent des fleurs, puis des fruits, puis des graines qui donnèrent ainsi de nouveaux arbres. Et au fil des années, la première graine devenue arbre se trouva entourée d’une dense et immense forêt – entourée de sa famille, de ses enfants. Elle resta ainsi, le plus grand arbre de la forêt, dominant tous les siens, jusqu’à ce que son grand âge n’aie raison d’elle. Mais c’est là une autre histoire…

Date d’écriture: 2018

2 réflexions au sujet de « La forêt »

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