Ça avait été jadis une forêt verdoyante où grouillait la vie. Des ruisseaux, des gazelles, des oiseaux bariolés, où que porte le regard. Et puis, la sécheresse était venue. Pas d’un coup, non, lentement, comme une maladie dégénérative. Le sol s’était fait plus sec, la végétation plus clairsemée, les animaux plus discrets. La forêt avait reculé, était devenue savane. Et puis, les arbres étaient morts. Mais pas lui, non. Pourquoi il avait survécu ? Était-il plus grand et plus fort que ses confrères? Plus teigneux? Ses racines s’enfonçaient-elles un peu plus loin sous la terre? Peu importe, il avait survécu. Longtemps après que les autres acacias aient tous disparu, il continuait de se dresser seul au beau milieu du désert. Lui, relique d’un âge d’or à jamais perdu, il s’entêtait à survivre dans cet environnement hostile.
Et pourtant, un jour, l’arbre mourut. Un camionneur, ivre, transportait du matériel à travers le désert. Avec des centaines de kilomètres de vide tout autour de lui, l’homme réussit, on ne sait comment, à heurter de plein fouet l’acacia. L’homme poursuivit sa route et, arrivé à destination, en fut quitte pour quelques centaines de francs CFA pour réparer son camion. L’arbre, grièvement blessé, dépérit lentement au milieu du Sahara.
Quelques mois plus tard, une expédition fut lancée pour arracher sa carcasse desséchée au désert. On construisit un monument pour abriter ses restes (que l’on peut encore visiter aujourd’hui) en ultime hommage à l’extraordinaire résistance de ce petit acacia.
Date d’écriture: 2016
Inspiré de l’histoire vraie de l’arbre du Ténéré.

Crédits photo: Valérie et Michel Mazeau
