L’intrus

J’étais tranquillement assise dans mon fauteuil, à regarder les oiseaux dehors, quand l’intrus est soudainement entré chez moi. Il avait une mine patibulaire de cambrioleur. Les joues mal rasées, un jean partiellement déchiré, une veste en cuir. Il a levé les yeux sur moi et s’est figé un instant en voyant que l’appartement n’était pas vide. Bonjour, a-t-il dit d’un ton neutre, comme s’il allait m’amadouer ainsi.

Je suis restée un instant sans voix, mon esprit tournant à toute vitesse. Mon téléphone était hors de portée, il serait sur moi bien avant que je ne l’attrape. J’avais un système d’alerte autour de mon cou, mais aurais-je le temps de tendre la main pour appuyer sur le bouton ? Mes réflexes n’étaient plus ce qu’ils étaient. Je parlais pour gagner du temps.

– Il n’y a rien ici pour vous, jeune homme. Je ne suis pas riche, je n’ai aucun bien de valeur. Mais si vous partez maintenant et ne revenez jamais, je ne dirai rien à la police. Vous pourrez continuer votre vie, et moi la mienne. »

Pendant que je faisais diversion, ma main s’était rapprochée du bouton et l’avait pressé. J’étais sauvée. On allait me secourir dans quelques instants.

Il s’assit sur une chaise proche de l’entrée en me dévisageant. Sans-doute réfléchissait-il. Pouvait-il me faire confiance, ou allais-je tout de même appeler la police s’il partait ? N’y avait-il réellement rien qui ait de la valeur ? (je réalisais, horrifiée, que je portais ma bague de mariage dont le diamant valait, à lui seul, une petite fortune, et tentais de cacher ma main) Est-ce que…

La porte s’ouvrit, et Marc entra dans la pièce.

– Qu’est-ce qui se passe, madame Pinchon ? », demanda-t-il. Puis, avisant l’intrus, il se tourna vers lui. « Ah, vous êtes là ! C’est très bien. Je préfère vous avertir, elle a fait quelques crises ces temps-ci. Ça sera peut-être un peu compliqué aujourd’hui, mais votre présence va lui faire du bien. »

– Elle ne m’a pas reconnu. », répondit l’intrus. « C’est pour ça qu’elle vous a appelé. Je suis désolé. »

– Oh… ». Marc se retourna vers moi. « C’est votre fils qui vient vous rendre visite, madame Pinchon. Vous vous rappelez ? Votre fils, Adrien. Il est venu deux fois la semaine dernière, vous vous souvenez ? »

Bien sûr que non. Cet intrus n’était pas mon fils. Adrien avait douze ans, bientôt treize. Je lui avais préparé un gâteau avec des bougies en forme d’animaux pour lui faire plaisir. L’idée même qu’il soit Adrien était ridicule. Marc devait le mettre dehors avant qu’il ne me fasse du mal. C’est pour cela que j’avais appelé. Mais comme je reprenais mon souffle pour répondre, un appareil à la ceinture de Marc émit un bip discret.

– Excusez-moi, il faut que je prenne ça. Je reviens dans quelques minutes pour m’assurer que tout va bien. », dit Marc à l’étranger qui occupait ma chambre. Et il sortit.

Il y eut un silence.

– Bonjour, maman. », me dit Adrien.

Date d’écriture: 2025
Aux victimes de la maladie d’Alzheimer,
et à leurs proches qui les accompagnent dans la maladie.

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