Quand j’étais gamin, je me répétais encore et encore les mensonges que je voulais débiter, jusqu’à ce qu’ils prennent des accents de vérité. Puis je continuais encore davantage, jusqu’à en être moi-même profondément convaincu. Je n’ai pas mangé les derniers cookies, je n’ai pas mangé les derniers cookies, je t’assure, je n’ai pas mangé les derniers cookies. Je n’ai pas volé les deux euros dans le porte-monnaie de papa, pour qui tu me prends, je n’ai pas volé… bref, vous voyez l’idée. Et si vous ne la voyez pas, répétez-vous inlassablement « je vois l’idée » jusqu’à vous auto-persuader que c’est vrai.
J’étais si sincère que la plupart du temps, on me croyait. Et pourquoi pas, puisque j’y croyais moi-même ? Cela rendait le mensonge si facile, si naturel, que je me tirais des pires situations. Alors, j’ai continué en grandissant. L’autre conducteur était en tort. Je ne me suis pas servi de ta carte de crédit qui trainait sur la table. Ce n’est pas moi qui ai révélé à Marc que ta sœur était stérile, est-ce que ça ne pourrait pas être ton cousin ?
Et aujourd’hui, elle me croit du plus profond de son être. Alors on va passer au niveau suivant. Je vais m’installer avec elle, rencontrer ses parents. Dans un an ou deux, on se mariera et on essaiera de faire un enfant. Et c’est une bonne chose parce que moi aussi, je l’aime. De tout mon cœur.
Mais il y a toujours cette petite voix qui tourne en arrière-plan. Je l’aime, je l’aime, je l’aime. Je me le répète, encore et encore, ad nauseam. Mais est-ce que c’est vrai ? Ou est-ce que je m’en suis moi-même convaincu ? Je veux dire, je me le suis répété si souvent… Alice, je t’aime. Tu es la prunelle de mes yeux, le piment de mon existence, celle qui donne un sens à ma vie. Tes joues qui rougissent quand on fait l’amour, tes fossettes quand tu ris. Je t’aime, je t’aime, je t’aime. Si je le ressens, ça doit être vrai, non ?
Dans un quart d’heure, elle sera là pour m’aider à faire les cartons. Si je ne l’aime pas vraiment, c’est maintenant ou jamais qu’il faut le lui dire. Sauf que je ne sais sincèrement pas. Tout ce que j’entends, c’est cette petite voix qui tourne en boucle. Je l’aime, je l’aime, je l’aime.
Date d’écriture: 2025
